RPS & santé au travail
Conditions de travail : de meilleurs indicateurs, mais votre organisation est-elle plus solide ?
Publié le
·
Par
Maxime Chambard
·
6 min de lecture

Visuel éditorial Dénouance à partir des résultats publiés par la Dares en septembre 2026.
La dernière enquête de la Dares apporte une évolution notable : pour la première fois depuis les années 1980, l’intensité du travail diminue en France.
Les relations professionnelles s’améliorent également, les exigences émotionnelles reculent et davantage de salariés déclarent pouvoir réaliser un travail de qualité.
À première vue, les indicateurs sont donc mieux orientés. Mais pour un dirigeant, une autre question mérite d’être posée : une amélioration des indicateurs signifie-t-elle nécessairement que l’organisation est devenue plus solide ?
Pas toujours. Une entreprise peut atteindre ses objectifs tout en reposant sur des équilibres fragiles : quelques personnes indispensables, des décisions très centralisées, des responsabilités mal réparties ou des équipes qui compensent quotidiennement ce que l’organisation n’a pas prévu.

La dernière enquête de la Dares fait ressortir plusieurs évolutions importantes :
la part des salariés exposés à au moins trois contraintes de rythme passe de 43 % en 2016 à 38 % en 2024 ;
plusieurs dimensions des conditions de travail s’améliorent ;
ces évolutions restent très différentes selon les catégories professionnelles ;
41 % des salariés estiment ne pas pouvoir exercer le même travail jusqu’à la retraite.
Pour l’entreprise, le sujet dépasse donc la seule mesure du climat social. Il concerne directement sa capacité à fonctionner durablement, à absorber les imprévus et à sécuriser son activité.
Des indicateurs globalement plus favorables
La diminution de l’intensité du travail constitue un signal positif. La Dares observe également une amélioration des relations de travail et un sentiment plus important de pouvoir réaliser un travail de qualité. 82 % des salariés déclarent ainsi éprouver souvent ou toujours la fierté du travail bien fait.
Après plusieurs décennies d’intensification du travail, cette évolution mérite d’être soulignée. Mais comme pour tout indicateur de pilotage, une moyenne nationale renseigne sur une tendance. Elle ne dit pas comment fonctionne une entreprise particulière ni où se situent ses propres zones de risque.
Derrière les moyennes, des réalités très différentes
L’amélioration observée ne concerne pas tous les salariés de la même manière. Chez les employés les moins qualifiés, certaines tendances sont inverses : davantage d’intensité, moins d’autonomie et davantage d’exposition à certains comportements hostiles.
La question de la soutenabilité reste également forte. Lorsqu’une part importante des salariés estime ne pas pouvoir tenir dans le même travail jusqu’à la retraite, il ne s’agit pas uniquement d’un sujet individuel. Cela interroge directement le modèle d’organisation du travail.
Deux entreprises peuvent afficher des résultats économiques comparables et présenter des niveaux de vulnérabilité très différents. Dans l’une, les compétences sont partagées, les décisions circulent, des relais existent et les responsabilités sont suffisamment claires. Dans l’autre, l’activité tient parce que quelques personnes connaissent tous les dossiers, prennent l’essentiel des décisions ou absorbent en permanence les imprévus.
Les résultats peuvent sembler similaires. La capacité à encaisser un changement ne l’est pas.
Ce que les tableaux de bord ne montrent pas toujours
Un dirigeant dispose naturellement de nombreux outils de pilotage : chiffre d’affaires, trésorerie, délais, qualité, productivité, satisfaction client, recrutement. Ces indicateurs sont indispensables. Mais ils peuvent rester satisfaisants alors que certaines fragilités apparaissent déjà dans le fonctionnement quotidien.
l’activité dépend fortement de quelques personnes
des décisions très opérationnelles remontent systématiquement au dirigeant
les priorités s’accumulent sans arbitrage clair
des informations importantes circulent essentiellement de manière informelle ;
les équipes doivent régulièrement contourner les procédures pour parvenir à travailler
les mêmes tensions réapparaissent entre services ou métiers
certaines compétences critiques ne sont ni documentées ni suffisamment partagées.
Pris séparément, ces phénomènes peuvent sembler ordinaires. Lorsqu’ils se répètent, ils peuvent révéler une organisation qui fonctionne encore, mais avec de moins en moins de marge de sécurité.
Les moments clés de l’entreprise jouent souvent un rôle de révélateur
Croissance, transition numérique, réorganisation, évolution de la gouvernance, départ d’une personne clé, transmission… Ces périodes obligent à revoir les circuits de décision, les responsabilités, les compétences nécessaires et les modes de coopération.
Elles font aussi apparaître des questions très concrètes :
Qui arbitre ?
Qui détient l’information ?
Qui peut décider en l’absence du dirigeant ?
Que se passe-t-il lorsqu’une personne clé n’est plus disponible ?
Quelles compétences sont réellement sécurisées ?
Quels dysfonctionnements les équipes compensent-elles encore chaque jour ?
Ce sont des questions de gouvernance, de continuité d’activité et de maîtrise des risques. Mais elles touchent aussi directement aux conditions de travail. Lorsqu’une organisation manque de clarté, de relais ou de marges de décision, ce sont souvent les personnes qui compensent.
Elles accélèrent, reprennent le travail, arbitrent seules, contournent certaines règles ou absorbent les contradictions.
Le risque organisationnel finit alors par devenir un risque humain.
Prévenir, c’est aussi fiabiliser l’organisation
La prévention des risques psychosociaux reste encore souvent associée à des situations déjà dégradées : conflits, épuisement, arrêts de travail, tensions managériales. Elle peut pourtant être mobilisée bien plus en amont.
Analyser le travail permet d’identifier ce qui ralentit l’activité, ce qui crée des dépendances, ce qui génère des tensions récurrentes et ce qui repose excessivement sur des ajustements individuels. L’enjeu n’est donc pas seulement de prévenir une dégradation de la santé. Il est aussi de fiabiliser le fonctionnement de l’entreprise. Cela peut passer par une clarification des responsabilités, de meilleurs circuits d’arbitrage, un partage plus robuste des compétences, davantage de relais ou une révision des règles devenues inadaptées.
Réduire les vulnérabilités avant qu’elles ne deviennent des blocages.
La bonne question n’est peut-être pas : « nos indicateurs sont-ils bons ? »
Les résultats de la Dares constituent une évolution encourageante.
Mais ils rappellent également qu’un indicateur favorable ne suffit pas à mesurer la solidité d’une organisation.
Pour un dirigeant, la question pourrait donc être formulée autrement : si notre environnement change demain, notre organisation continuera-t-elle à fonctionner sans demander aux équipes de compenser en permanence ?Dénouance intervient précisément à cet endroit : lorsque des tensions, des blocages ou des dépendances commencent à fragiliser le fonctionnement de l’organisation. L’analyse du fonctionnement réel de l’entreprise permet de rendre ces mécanismes lisibles, d’identifier avec les acteurs concernés les marges de manœuvre disponibles et de construire des solutions qui fiabilisent durablement l’activité sans perdre de vue le travail réel.
C’est souvent dans cet écart entre le fonctionnement prévu et le travail réellement réalisé que se trouvent les principales fragilités, mais aussi les marges de manœuvre permettant de sécuriser l’activité.
Chez Dénouance, nous intervenons précisément à cet endroit : lorsque des tensions, des blocages ou des dépendances commencent à fragiliser le fonctionnement de l’organisation.
Notre rôle consiste à rendre ces mécanismes lisibles, à identifier avec les acteurs concernés les marges de manœuvre disponibles et à construire des solutions qui permettent de fiabiliser durablement l’activité sans perdre de vue le travail réel.
Source
Dares — « Quelles évolutions des conditions de travail et des risques psychosociaux depuis 2016 ? », résultats de l’enquête Conditions de travail 2024-2025, septembre 2026.
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